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Un week-end à la campagne…

Un week-end à la campagne…

Te souviens tu ? Te souviens tu de ce week-end à la campagne ? De la succession de ces week-ends rallongés pour accompagner ce dernier et atténuer la solitude du souvenir qui l’enrôlait ?

LandscapeMâcon

Il aurait dû être le dernier. Tu n’aurais jamais du être. Cet été, devait être le dernier. Le dernier avant le point final pour clôturer ce chapitre. Ce week end à la campagne devait être au singulier. La partition était écrite, tracée à l’encre noire de chine, en do majeur. J’entends encore d’ici les cors raisonner au creux du vignoble à flanc de colline. Les escapades s’enchaînent au gré des portées, entre notes, nuances et silences; Chevroux, Cluny, Mâcon et tant d’autres.

ClunyAbbaye de ClunyCluny

Cette musique n’est pas mienne, pourtant je m’y complais comme si elle m’avait toujours bercée. Les graves de la maisonnée m’apaisent quand les aigus me compriment la cage thoracique à chaque virage, me ramenant un peu plus à l’échéancier de cette symphonie. L’air est teinté d’une Vie intense et d’une fin âpre, douce mélodie, paradoxale harmonie. Qu’importe, le sablier est retourné, le concert démarré, alors jouons jusqu’à ce que le chef d’orchestre appose sa baguette sur le pupitre et oublions la brûlure sur le bout des doigts causée par les cordes raides du violon. Tant que le bonheur est immense, la douleur présente/à venir, n’est qu’illusion.

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Te souviens tu de ce week-end à la campagne ? La pluie ruisselle sans discontinuer, comme si le pianiste avait omis d’ôter son doigt de la dernière note. L’orage est bien loin, mais le ciel est lourd. Mon corps bien chancelant, mais mon esprit certain. Les notes se mélangent pour en venir à se confondre. Je ne distingue plus une blanche d’une noire, la raison de l’insouciance. Je m’enfonce dans ces dalles de pierres en espérant que l’eau qui s’agglutine dans les rigoles de celles-ci en vienne à m’absorber. Je suis trempée jusqu’aux os, et pourtant le rythme musicale s’accélère, les bois entrent en scène. J’ignore encore combien de feuilles volantes vont venir s’entasser sur le sol en bois de cette scène, mais je prie pour que cette portée ci n’ait jamais de fin…tant l’instant est symbolique. Un de ces moments bien trop rare à mon goût, ou chaque sens est en émoi, ou la symbiose sereine de l’instant présent enlace le sentiment de Vie si transcendant. On EST au moment T et plus rien n’a de substance ni d’importance autour.

Under the rainUnder the rainWeek-end à la campagne

Te souviens tu de ce week-end à la campagne ? Les cuivres raisonnent à n’en plus se faire entendre. La pente est douce, abrupte, mais l’ascension inoubliable. Ses bras se lèvent et s’entrouvrent au gré de ce ciel qui se dégage avant de s’obscurcir pour de bon, on arrive au point d’orgue de la partition. Le coeur battant de l’orchestre nous appartient, la ville est à notre merci, le Mont Blanc veille au loin. Combien d’heures se sont écoulées avant que le froid ne fasse son entrée et ne mette fin à cette interlude ? Oui, combien d’heures sommes nous restés ainsi, allongés sur cette paroi rocheuse ?

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Te souviens tu de ce week-end à la campagne ? Pas une fausse note, non pas une. Les portées s’égrènent, et les musiciens ne lâchent rien. A la manière d’un rat de l’Opéra qui fait corps et âme avec sa partition musicale et corporelle, l’osmose est atteinte entre le musicien et son instrument. La symbiose est parfaite. Je ferme les yeux pour mieux écouter les hautbois me comprimer le ventre. J’implose en les ouvrant à nouveau, lorsque, allongée au cœur de cette symphonie, de ce jardin, tu me fais apercevoir la voie lactée depuis le fin fond de la (ta) campagne. Ô oui, te souviens tu. Te souviens tu de ces portes qui claquent, de ce vent teinté de saveurs de vacances qui s’engouffre dans l’habitacle, des kilomètres engloutis, des routes dévalées. L’odeur de cette bâtisse, le toucher rugueux de ses murs, l’ouïe de son parquet qui grince, le goût d’antan, telle une madeleine de Proust. Le trompettiste peine à reprendre son souffle, alors que l’apnée embrigade le notre. Il implose en silence, alors que nous explosons à gorges déployées.

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Te souviens tu de ce week-end à la campagne ? Ô oui, te souviens tu de celui-ci ? De ce récital que tu as fais volé en éclats sans préambule et avec fracas. Les pages étaient d’un blanc immaculé, l’ancre finement appliquée. Les portées avaient été figées à jamais avec soin, comme gravées au burin. Le pianiste à relevé sa main et sans attendre que le silence ne raisonne dans la salle, tu as attrapé l’amoncellement de feuilles entre les tiennes avant de les plier, froisser, déchirer, balayer, jeter. Mon récital n’était pas tien. Ton récital n’était pas mien. Pourtant cette symphonie est devenue notre. J’ai attrapé la harpe quand tu as saisi la contrebasse. J’ai ouvert les yeux quand tu as ôté mes œillères, délié mes doigts lorsque tu as empoigné ma main, me suis laissée aller quand tu as agrippé mes hanches.

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Te souviens tu de ce week-end à la campagne ? Les bois oscillent pour mieux se fondre à l’harmonie des cuivres. J’aspire profondément pour mieux sombrer dans cette eau limpide ou tu m’entraînes. Mes tympans crépitent et peinent à se faire à ce changement de pression soudaine. La musicalité est trop intense pour être assimilée en une portée, une page, un récital. Pourtant il le faut, le temps est compté, le concert va bientôt toucher à sa fin. Les cordes de la harpe me scient l’extrémité des doigts, pourtant je m’évertue à suivre ton rythme. Tu enchaînes les portées comme j’égrène les pellicules photographiques. Tu apposes chaque note comme j’emmagasine chaque souvenirs au creux de ma rétine.

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Te souviens tu de ce week-end à la campagne ? Je ne sais plus bien si je dois rire ou pleurer. M’arrêter pour réaliser la teneur de ces portées ou poursuivre à savourer naïvement. J’engloutis, avale sans rien mâcher pour mieux combler ce vide béant qui m’a rempli depuis des mois. Les croches s’entassent, les feuilles volent et les percussions s’envolent. Les souvenirs s’entassent, les moments volent et les heures s’envolent. Il n’y a plus une once de maîtrise, te voilà chef d’orchestre, me voici spectatrice dans ce fauteuil rouge. J’implose d’être ainsi malmenée par les hautbois, de voir toutes mes barrières voler en morceaux en un de tes claquements de doigts, de coups de baguette sur le pupitre de l’orchestre.

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Te souviens tu de ce week-end à la campagne ? Ô oui, te souviens tu de ce week-end ci à la campagne, de tous ceux qui ont suivi et de tous ceux qui ne suivront plus ? Ce trop plein de Vie et d’envie, de simplicité pure et d’émotion certaine. Tu as monté cet orchestre philharmonique, j’ai apposé la clef de sol sur la portée, nous avons écris ce concerto en ré mineur. Le récital s’est achevé, les lumières du théâtre sont en berne, le rideau est tombé sur une scène vide mais paradoxale emplie du souvenir marquant de cette symphonie qui s’est jouée sur son parquet. La pellicule est rembobinée, à moitié marquée, cramée sur l’ultime photographie, comme si une suite manquait. La saison est lancée, l’orchestre part en tournée, les dates sont incertaines. Et si les intempéries l’empêchaient de mener à bien le calendrier ? Et si l’Atlantique, l’eau salé et sa houle, avait raison de la fragilité des cordes, bois, cuivres et percussions ? Et si…

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© crédit photographique et vidéo : Vagabondanse & Djisupertramp.

10 comments

  • NowMadNow

    septembre 12, 2013

    Tes photos sont toujours singulières.

    Et je reconnais la trombine du monsieur :) (forever groupie of Diji)

    Bonne chance Samantha avec ton installation au Québec!

    NowMadNow

    • Vagabondanse

      septembre 16, 2013

      Ah ca, je crois qu’elle est facilement reconnaissable parmi beaucoup sa trombine :)
      Merci beaucoup pour ces jolis mots Aline, ca me touche sincèrement !

    • Vagabondanse

      février 17, 2014

      Ah ca, je crois qu’elle est facilement reconnaissable parmi beaucoup sa trombine :)
      Merci beaucoup pour ces jolis mots Aline, ca me touche sincèrement !

  • Jules

    septembre 11, 2013

    Le dernier cliché est juste génial… Très belle série, très bel article. Ça me parle beaucoup, surtout le bon air humide qui devient chaud petit à petit après un orage au pied des petites montagnes, à l’orée de la forêt.

    • Vagabondanse

      septembre 16, 2013

      Je crois qu’au fond, c’est vraiment ce dernier cliché que je préfère. Il est tellement fou dans son rendu ! Le fait que le film soit cramé PILE à cet endroit !! :o De loin, une de mes plus belles surprises argentiques :)

    • Vagabondanse

      février 17, 2014

      Je crois qu’au fond, c’est vraiment ce dernier cliché que je préfère. Il est tellement fou dans son rendu ! Le fait que le film soit cramé PILE à cet endroit !! :o De loin, une de mes plus belles surprises argentiques :)

  • Jeremy Janin

    septembre 10, 2013

    Je ne m’en remettrai jamais, tu as talent de dingue, c’est indécent :)
    Merci merci MERCI pour tes mots, tes images, ta compagnie et tout ces moments passés et futurs :) <3

  • Saint-Clair

    septembre 10, 2013

    Magnifiques mots … magnifiques images … magnifique …

    • Vagabondanse

      septembre 16, 2013

      Merci, merci beaucoup :)

    • Vagabondanse

      février 17, 2014

      Merci, merci beaucoup :)

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