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Un 14 juillet à Paris…

Un 14 juillet à Paris…

Les jours s’égrènent, les calendriers s’enchaînent, mais le 14 juillet demeure à jamais cerclé de rouge. Comme par habitude. Oui, comme par évidence.

Un 14 juillet à Paris

Chaque année, c’est le même refrain. Chaque été, c’est la même symphonie. Chaque été depuis maintenant trois années, je retrouve cet uniforme noir et blanc ou bien noir et gris, enfile à nouveau mon tablier violet, et passe mes journées à arpenter les 4 étages de ce petit hôtel du 17ème arrondissement. Oui, chaque année je retrouve mon poste et découvre sans surprise sur le planning que je suis d’astreinte pour le 14 juillet, ne pouvant me résoudre qu’à regarder pour la énième fois le défilé et les festivités depuis la télévision, d’une chambre à l’autre à chaque fois que je finis mon travail dans l’une d’elle et passe à la suivante. Un suivi saccadé, entrecoupé, mais néanmoins toujours aussi plaisant et amusé.

14 juillet à Paris 14 juillet à Paris

Chaque été…oui mais, pour une fois, pas celui-ci. Non, pas cette année. Pour la première fois en trois ans, j’allais avoir mon 14 juillet à Paris. Je l’attendais sans l’espérer, le convoitais sans l’envier. Cette année, il allait être mien. Oui, cette journée du 14 juillet à Paris serait mienne et revêtirait la saveur que je voudrais bien lui donner.

14 juillet à Paris

Je me suis frayée un chemin parmi les hordes de touristes qui s’entassaient le long des bas côtés des champs Elysées, ai pressé le pas de peur de ne pas être à l’heure, de ne pas y être à temps, de ne pas être là de la première note à la dernière. De l’ouverture aérienne jusqu’à la fermeture terrestre. Je me suis arrêtée je ne sais plus ou, me suis hissée sur la pointe des pieds pour y deviner quelque chose, pour finalement grimper une marche d’escabeau et gagner de la hauteur. La première rencontre de la journée, ce couple originaire du Périgord, prévoyant avec leur deux escabeaux respectifs. Elle, est policière, bientôt retraitée. Elle m’invite à gagner un peu de hauteur en grimpant derrière elle, me cède parfois sa place pour faire quelques photos. Le lien se tisse et se resserre lorsque nous découvrons nos points communs, cette grande famille qui nous unit, sentons ce sentiment commun se retrouver chez l’une et l’autre.

14 juillet à Paris

Le défilé s’entame, les différentes écoles se succèdent et je tache de rassembler au mieux mes souvenirs, d’identifier le plus grand nombre d’elles. Je suis comme une petite fille de huit ans, le sourire jusque là, la fierté qui étreint mon coeur si fort et les frissons chevillés au corps. Sentiment si particulier, si étranger et incompréhensible pour quiconque ne viendrait pas de ce milieu là, de cette famille ci. C’est ainsi, j’ai cela dans le sang, dans les tripes, et au fond, tous autant que nous sommes dans cette famille, nous l’avons, le ressentons, à un degré plus ou moins intense.

Quai de Seine Quai de Seine

Je n’en ai pas perdu une miette, jusqu’au dernier passage, au dernier uniforme. J’ai traversé le pont de la Concorde pour rejoindre l’esplanade des invalides et me poster sur cette balustrade cerclant celle-ci; regardant les différents appareils aériens venir atterrir sur les parterres, les multiples véhicules terrestres se poster en épi le long de l’allée centrale. Ils étaient tous au rendez vous, derrière ces barrières, se massant de plus en plus, prêt à bondir et se ruer dès lors que l’ordre serait levé et la consigne donnée. J’étais amusée de les voir si impatients, de voir tous ces enfants si émerveillés et avec cette hâte de pouvoir grimper à bord de ces machines.

14 juillet à Paris, esplanade des Invalides 14 juillet à Paris, esplanade des Invalides

Oui, j’ai arpenté l’allée avec un regard amusé, de sentir cet engouement, cette ferveur. Ce plaisir de la palper, de la comprendre et de la voir s’exprimer. J’ai erré d’un véhicule à l’autre, d’un petit panneau explicatif à l’autre, d’un régiment à un escadron. Certains étaient des découvertes, d’autres des remémorations. J’ai ri de voir les touristes asiatiques se ruer, presque émerveillées, vers les hommes de l’Escadron d’Eclairage et d’Investigation du 1er Spahis, pour toucher ce burnous rouge, sous l’air rieur de ces derniers. Ils sont aussi prisés que ne le sont les chasseurs alpins et leur belle « tarte » (béret) blanche. Les enfants quant à eux sont tiraillés entre le camion de pompier et le char Leclerc.

14 juillet à Paris, esplanade des Invalides 14 juillet à Paris, esplanade des Invalides 14 juillet à Paris, esplanade des Invalides

Je me suis laissée happer par la chorale de l’Ecole de l’air, laissant les souvenirs remonter à la surface, revoir les images de toutes ces cérémonies, ces défilés auxquels j’ai pu assister par le passé, se dessiner devant mes yeux. Ces divers uniformes côtoyés, qu’il furent de l’air, de terre ou de la marine; de France, d’Europe ou de l’international. Oui, je me suis laissée happer jusqu’à ce que l’émotion ne me fasse boire la tasse et me ramène à la réalité.

14 juillet à Paris, esplanade des Invalides 14 juillet à Paris

Je me suis frayée un chemin au travers de cette marrée humaine pour m’atteler à gagner le jardin des Tuileries, et y découvrir avec des yeux ébahis ce qu’il s’y tramait. Un bond dans le temps ! Les célébrations du centenaire de la guerre 14-18 s’entament doucement en ce début 2014, et prennent ce jour là une dimension particulière. Pour la fana d’Histoire et photographe que je suis, je ne pouvais rêver plus jolie immersion. Déambuler au coeur de ce bivouac de poilus de la Grande Guerre reconstitué. Tendre l’oreille de-ci de-là et entendre ces passionnés vous conter la vie d’avant, cette vie en temps de guerre, dans l’antre des tranchées. Ce quotidien si particulier, cette vie si à part. Le français s’entremêle à un brin d’italien, de hongrois et même d’allemand. Les accents chantent et s’accordent joliment. Je prends plaisir à photographier cette confrontation d’uniforme entre l’armée de terre du passé et celle d’aujourd’hui. C’est beau, touchant, de les voir comme réunis; image improbable.

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Je déclenche à ne plus pouvoir m’arrêter tant cela me fascine. Les pellicules s’enchaînent, et ils sont aussi amusés que je ne le suis de les voir dans ces tenues, de me voir les photographier avec mon Weltaflex, un boitier venu d’un autre temps, qui lui non plus ne date pas d’hier ! Les deux sont comme en harmonie, et je me délecte de les faire se confronter et s’arrimer.

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On se laisse facilement attraper par la main et on s’accroche peu à peu à ces hommes et femmes et toutes ces histoires, ces bribes de vie qu’ils tentent de nous transmettre. Chacun est interpellé, que cela soit par la curiosité, l’intérêt ou la passion. On observe, on scrute, on interroge, on questionne.

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J‘en viens à me faire presque violence pour m’extirper de l’endroit, tant j’aurais pu y passer ma fin de journée entière, pour m’en aller du côté du Champ-de-Mars. Ce 14 juillet à Paris, je l’attendais depuis fort longtemps. Cette journée dépassait amplement ce dont je pouvais espérer, toutes ces belles rencontres, ces beaux moments…, que je ne pouvais décemment me résoudre à la finir ainsi, si brutalement. Ce 14 juillet à Paris se devait d’être, jusqu’à la dernière minute, jusqu’à la dernière étincelle de son célèbre feu d’artifice.

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Quelques courses plus tard, il est environ 18h lorsque je gagne l’esplanade du Champ-de-Mars qui est déjà noire de monde. Plus un carré d’herbe n’est encore visible, et je finis devant l’Ecole Militaire, au pied de la statue du Maréchal Joffre. Finalement, l’emplacement est idéal. La bonne humeur est de rigueur, les langues se délient et les rencontres se font, qu’importe l’origine géographique, il y a toujours une part de tarte à partager, un verre pour trinquer. On se laisse parfois alpaguer par ce concert, véritable hymne à la musique classique, qui se donne au pied de la grande dame de fer..Berlioz, Wagner, Verdi et j’en passe. Le meilleur moyen d’oublier la longue attente. Le soleil disparaît peu à peu a mesure que le Champ-de-Mars se remplit jusqu’à en devenir opaque. La foule a pris place, cette même foule qui quelques minutes après la fin de ce concert au pied de la Tour Eiffel, va me donner des frissons comme je n’en avais jamais eu. Voir tout ce monde debout, entonner la marseillaise avant que ne débute le feu d’artifice. La sensation est indescriptible, l’émotion démultipliée. La chair de poule me gagnera et ne me quittera pas jusqu’à la dernière note. C’est impensable, et pourtant. Oui, des frissons, vous dis-je.

Champ-de-Mars, Tour Eiffel

Oui, ce 14 juillet à Paris, je le convoitais. L’espérais plus qu’aucun autre, en ce centenaire 14-18, et ne pouvais passer à côté de ce feu d’artifice au thème éponyme : Guerre & Paix. Nulle doute qu’il surpassa tous les autres, et que je m’en souviendrais dans les moindres détails, les moindres scintillements. Voir tous ces visages illuminés par intermittence au grès de cette Tour Eiffel qui s’embrase, au son de ces mélodies si joliment trouvé. J’ai le coeur qui bat et se serre lorsque retentit John Lennon, Imagine. Tout un symbole <3

Champ-de-Mars, Tour Eiffel

Un 14 juillet à Paris. Oui, un 14 juillet à Paris, mais pas n’importe quel 14 juillet…

( Kodak Max 400iso périmée (d’ou le grain et en plus, le raie de lumière!), Ilford FP4+ 125, Portra 160iso & Nexus 5)

5 comments

  • breizh punisher

    novembre 21, 2014

    Bonjour, très bel article vraiment. Pour avoir participe au défilé derriere le fanion de l’ENSOA cette année, je te confirme que tu as vraiment bien decrit la profonde fierté, le sentiment de patriotisme qui peut nous parcourir. C’est pour articles et des souvenirs comme celui-ci que nous nous entraînons pendant des mois en vue du jour J. Merci a toi.

    • Vagabondanse

      novembre 30, 2014

      Merci à toi Quentin, tu ne peux pas me faire plus plaisir avec ton commentaire :) !

  • Jeremy Janin

    août 28, 2014

    Cet article est canon, les photos bien sûr, mais ton texte est vraiment… next level *_*
    Ca donne envie d’aller assister à ce défilé et vivre ça à travers ses propres yeux!
    Superbe.
    <3

  • Marie-Charlotte

    août 27, 2014

    Merci ! Tu as réussi à me transmettre tes frissons. Tes photos sont magiques !

    • Vagabondanse

      août 27, 2014

      Merci beaucoup Marie-Charlotte :) ! Je ne pouvais parler autrement de cette journée, et savoir qu’elle t’a, a toi aussi, fichu des frissons; j’en suis touchée.

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