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Reflective portraits #5 : De l’autre côté du miroir…

Reflective portraits #5 : De l’autre côté du miroir…

A chaque branche de l’arbre, chaque ramification; son point d’orgue. Au gré des saisons, du dégel et de la floraison, l’arbre s’est étoffé, amoindri. Les cernes se sont succédé au fil que le projet voyait le jour; s’amassait à l’automne pour mieux se concrétiser au printemps venu. Au gré des intempéries, j’ai élagué jusqu’à en revenir à l’essence même; alternant avec la surface à proprement parlé, l’apparition d’autrui dans mon champ et le cadre. Ce cadre impersonnel et paradoxalement si intime, n’est que la courbe sinusoïdale d’une alternance cyclique de ce projet introspectif. Je me suis complue à prendre vie au creux de ce cadre oppressant et si rassurant. Se mouler dans ce corps défini, ce visuel borné. L’exercice n’en est pas si simple et pourtant formateur. Le champ doit être délimité, pour en assurer son entretien sans faille.

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Petit à petit, l’écorce s’est craquelée pour mieux m’inviter à sortir des cernes ou je prenais racine. Observer pour mieux intégrer. S’imprégner pour mieux se surpasser. Admettre pour mieux oser. Au gré des bourrasques, je me suis laissée porter au creux de cette vaste prairie qui était devenue mienne. A travers les blés, mes pieds ont pris corps dans cette terre sablonneuse. Les bras se sont ouverts et les bordures de ce cadre se sont vu repoussées le long des barrières, en amont du chemin. L’apprivoiser pour mieux m’en défaire. L’enlacer pour mieux le rejeter. Le contrôler pour mieux m’y développer.

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J‘ai attendu que l’hiver passe, que la neige fonde. J’ai regardé le printemps filer pour sentir l’été s’amarrer, voir les tournesols bruler sous un soleil de plomb, pour mieux imploser à plein poumons. Les moissons ont rythmé les exercices. J’ai ficelé à mains nues les bottes de foin, à la cadence saccadée ou j’ai ficelé mon projet de Reflectives Portraits. Je les ai entassé au fond de la grange, à mesure que le projet prenait sens et vie, mots et maux. Je les ai bâché pour l’hiver, à mesure que les sous-catégories se définissaient. Le champ était à nu. J’étais à nu. Mais il était là lui, arrimé jusqu’à la nappe phréatique. Il m’a regardé me construire au rythme des soirées hivernales au fur et à mesure ou je lui donnais vie par bolées de vin chaud. Le printemps est arrivé, le terrain s’est agrandi. Les clôtures se sont vues repoussées pour mieux être consolidées. Le champ était tracé, souvenir de ces labours. Le projet était (en)cadré, je n’avais plus qu’a m’y répandre. J’ai rejeté les giboulées de mars pour mieux éclore à l’orée des premiers rayons. Ma main n’a cessé d’armer et de déclencher. Ma rétine n’a cessé de se brûler sous la réflexion. J’ai récolté des cagettes et des cagettes, pensant réussir à embrigader la production, ignorant qu’on ne peut garder le fruit intact dès son arrachement à sa source de vie. J’ai regardé les intempéries foutre en l’air tout le travail établi, les récoltes d’une vie. L’été a inondé les terres labourées. J’ai noyé mon ignorance dans l’eau stagnante.

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J‘ai tourné les talons pour mieux en faire fi. J’ai regardé l’eau montée au rythme des crues qui n’en finissaient plus en espérant que les gelées de l’hiver avaleraient à jamais les premiers germes. J’ai cru naïvement avoir atteint le point d’orgue de ce projet, pensé avoir fait le tour au rythme des saisons des possibilités que m’offrait ce champ d’action. En fin de compte, le réchauffement climatique ne m’a montré que je n’en avais réalisé qu’un dixième de ses capacités. Tout n’était donc pas à refaire, mais bel et bien à poursuivre. J’ai attendu que l’hiver passe, que la neige fonde. J’ai regardé le printemps filer pour…

2 comments

  • ema

    août 23, 2014

    très belle série. je trouve cela très poétique :-)

    • Vagabondanse

      août 26, 2014

      Merci beaucoup :) !

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