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La photographie de rue, ce joli carnet de souvenirs.

La photographie de rue, ce joli carnet de souvenirs.

La photographie de rue, ou street photography, photographie urbaine, photographie humaniste, etc., intrigue, fascine autant qu’elle peut effrayer. Je le martèle avec conviction, l’exercice peut sembler ardu à première vue il est vrai, mais se révèle en fin de compte, ô combien formateur. Car derrière le « simple » déclenchement, il y a bel et bien une certaine mise à nu envers l’autre, envers cet inconnu qui fait face à notre objectif. Dans certains cas même, le déclenchement fait suite à une longue construction préalable. En effet, il y a bien des manières diverses et variées d’appréhender la photographie de rue. Elle peut être prise sur le vif, ou au contraire construite.

La photographie de rue, Egypte

Comme pour tout, si rien n’est facile de prime abord, rien n’est impossible ! Et j’espère qu’à travers cet article, en vous partageant ma propre expérience (qui est de ce fait, on ne peut plus subjective) et ce petit recul/bilan que je peux faire sur ces premières années de pratique, je pourrais réussir à en convaincre certains, en rassurer d’autres peut-être, afin que vous osiez à votre tour, vous lancer dans cette belle aventure de la photographie de rue. :)

Je ne vous promets pas de recette miracle, mais quelques points clefs pour esquisser une trame et vous permettre d’y voir plus clair, de mieux cerner l’exercice et savoir dans quoi vous vous embarquez.

La photographie de rue, Cuba

La photographie de rue : demander l’autorisation ?

Avant de vous aiguiller et de vous répondre à travers la célèbre méthode du où?/quand?/comment?/Quoi?/Qui? et enfin pourquoi?, commençons par répondre à LA question qui revient le plus et qui, finalement, est on ne peut plus légitime et importante à se poser quand on pratique la photographie de rue : l’autorisation. Doit-on demander préalablement à la personne que l’on s’apprête à prendre en photo, si elle serait d’accord ? Ou vaut-il mieux essayer de faire ça en douce, discrétos ?

Soyons honnêtes, plus vous tâcherez d’être discret, plus ça se verra ! haha. Qui plus est parfois, cela peut même être mal interprété par la personne en face et mettre mal à l’aise. Pensez toujours à inverser les rôles et vous mettre un instant à sa place. Dans certaines situations, la personne peut avoir l’impression d’être prise pour une « bête de foire », alors que c’est un individu comme vous, qui mérite respect et considération comme tel :). C’est pourquoi, je pars du principe qu’il vaut mieux toujours demander, quand bien même cela se fait dans l’espace public. Non seulement, pour ne pas créer d’ambiguïté, mais aussi quelque part d’un point de vue éthique, voire déontologique. Ca ne coûte rien et cela peut permettre de briser la glace, de mettre en confiance et rassurer sur vos intentions (sans forcément entrer dans un monologue bien sur !). Cependant, je nuancerais en disant que cela varie aussi en fonction des conditions de la prise de la photo. Il y a des cas où c’est tout bonnement impossible de demander, voire inutile. Je m’explique !

Dans le cadre d’une photographie prise sur le vif, quand il y a une recherche de mouvement, d’instantanéité, je dirais que la question ne se pose pas. La prise de la photo se fait en une fraction de seconde, vous poursuivez votre chemin tout comme la personne que vous venez de prendre, qui dans de nombreux cas n’a même pas remarqué que vous l’avez prise en photo. Difficile donc de demander l’autorisation à la personne. De plus, cela casserait la mouvance de l’instant et l’intérêt que le sujet a suscité à votre oeil pour vous enjoindre à déclencher. Il y aurait une perte de spontanéité, d’authenticité de la part de votre sujet. Comme dans le cas des deux photos ci-dessous et qui ont sensiblement la même histoire. Celle de gauche vous ayant d’ailleurs beaucoup fait réagir et soulever LA question de la demande d’autorisation.

Pour la petite histoire, lorsque j’ai voulu faire cette photo, c’était parce que mon oeil a été fasciné par la scène qui se déroulait à cet instant, de voir ce policier sur le mythique pont de Brooklyn, le regard fixe devant lui sans prêter attention au flux continue du chassé croisé de touristes qui se jouait devant lui. Il semblait comme songeur et c’est ce paradoxe que j’ai aimé et que je voulais saisir. SAUF que, j’ai déclenché et ce n’est qu’après coup en regardant la photo, que je me suis aperçue qu’il avait tourné la tête et me regardait droit dans le viseur. Entre nous, je ne lui ai donc pas posé la question et cela aurait semblé bien futile, car concrètement, après les buildings vertigineux et les taxis jaunes, je crois bien que les policiers new-yorkais sont le troisième intérêt photographique de la ville pour les touristes ! haha. Il n’y a qu’à voir l’expression de son visage et l’absence de surprise, ca doit être à n’en pas douter, son lot quotidien; et d’ailleurs, ils se prêtent volontiers à l’exercice. Je n’ai encore jamais entendu ou vu de cas, où un policier/pompier aurait refusé une photo.

À l’inverse, lorsque vous croisez une scène « fixe », qu’il y a un échange de regard ou autre avec votre sujet, il est de bon ton de poser la question et de demander son autorisation à la dite personne pour la prendre en photo. Dans ce contexte-ci, vous n’avez aucune excuse valable ! Car quand bien même il puisse y avoir la barrière de la langue si vous êtes à l’autre bout du monde ou au fin fond de je ne sais où et que la personne face à vous ne parle pas un traitre mot d’anglais ou de toutes autres langues que vous maitrisez; il n’en reste pas moins un langage universelle : la gestuelle ! Croyez-moi, je l’ai expérimenté à plusieurs reprises au cours de mes différents voyages et c’est véritablement imparable ! Il n’est pas compliqué de mimer à la personne qui nous fait face, à travers un petit geste de la main avec l’appareil photo et un regard/sourire, que l’on souhaiterait prendre une photo d’elle. :) Dans la majorité des cas, ca permet de briser la glace et de détendre l’atmosphère, voire encore une fois, de rassurer et de mettre en confiance. Non seulement vis-à-vis de la personne qui va être prise en photo, mais également pour vous, car vous réaliserez cette photo en toute « légalité » et confiance, en prenant le temps, sans avoir ces craintes de « et si la personne me voit ? Qu’est ce qu’il/elle va dire, comment réagir…etc ».

La photographie de rue, Thaïlande

Entre nous, la question de « l’autorisation » et de ce fait du « droit à l’image » est un sujet et débat vieux comme le monde dans le domaine de la photographie de rue. Ne voulant pas rentrer plus précisément dans les détails d’un point de vue juridique (là n’est pas le sujet de l’article), en revanche je vous invite, si le sujet vous intéresse, à lire le très bon article de Thomas Benezeth sur son blog, intitulé à juste titre « Le droit à l’image en photo de rue », et qui recoupe également des témoignants intéressants de photographes de rue français et étrangers, qui montrent à quel point c’est un sujet on ne peut plus délicat et qui varie en fonction du pays.

La photographie de rue : où ?

De prime abord, partout ! Oui, partout, car je ne vous apprends rien en vous disant que tout peut arriver, n’importe où, n’importe quand et n’importe comment. Cela peut être de manière insignifiante ou au contraire, spectaculaire. Cependant, il est évident que certains lieux ont plus de prédispositions à la photographie de rue. Des lieux de passages où il y a une émulation, où la vie bât son plein et s’exprime ouvertement. En pêle-mêle, il y a les grandes artères commerçantes en centre-ville, les places et parcs, les terrasses de cafés, les marchés, les ports, les événements/rassemblements…

La photographie de rue, Thaïlande

De manière plus large, les quartiers qui ont une forte identité culturelle. À l’étranger, je pense par exemple, au Chinatown de Bangkok, au Downtown de Las Vegas, au quartier juif de la vieille-ville de Jérusalem, Financial District ou encore Harlem/East Harlem à New-York, etc. Mais parfois cela peut également s’observer au plus près de nous. Lorsque j’habitais à Paris, à Château Rouge dans le 18ème, j’adorais traverser Barbès pour rentrer chez moi, fascinée par cette cacophonie incessante, de jour comme de nuit. Avec le recul, je regrette de ne pas avoir eu plus le temps de pouvoir y étrenner bien plus mon appareil photo, tant c’est un lieu phare pour la photographie de rue. Mais je n’y manque pas d’y faire un crochet à chaque nouveau passage dans la capitale.

Enfin, il y a bien entendu les transports en communs, aussi bien au coeur des rames (métro, tramway, bus…) que sur les quais, et même, au sein des gares. Il s’y passe tellement, et parfois même, en une fraction de seconde. Nul besoin de vous préciser que c’est l’un de mes terrains de jeux préférés !

La photographie de rue, New-YorkS’il est vrai que l’oeil peut sembler bien plus à l’affut lors d’un voyage à l’étranger, attiser par la curiosité de la nouveauté et parfois, du choc de culture suivant la destination; je ne saurais que trop vous conseiller pour vous lancer que de vous essayer à la photographie de rue au plus près de vous. Choisissez un lieu que vous connaissez bien, où il y aura matière à capturer. Cela pourra vous faire un bon premier test et gagner en confiance, car vous connaissez le lieu/secteur que vous visez. Vous y serez plus à l’aise pour une première.

La photographie de rue : quand ?

Comme le dit si bien l’adage, c’est en forgeant qu’on devient forgeron ! Je ne saurais que trop vous conseiller de vous frotter à la photographie de rue aussi souvent que possible, dès que l’occasion s’en présente, dès que vous en ressentez l’envie. La récurrence vous permettra non seulement de prendre confiance en vous, mais également, sans forcément que vous ne vous en rendiez compte en temps réel, vous permettra de vous former l’oeil. Au fil du temps, on est bien moins dans la recherche mais plus dans la spontanéité. Les gestes sont rodés, vous vous faîtes une sorte de petit calepin mental de situations vues/vécues, et le déclenchement est dès lors plus fluide, instinctif. L’analyse est induite et se fait tout naturellement, sans que vous ayez à la calculer, à vous arrêter 2 min pour méditer sur celle-ci. De fil en aiguille vous capterez très vite que telle situation mérite d’être photographiée, qu’elle raconte/évoque/transmet quelque chose. S’il y a toujours une part d’imprévu, de nouveauté, vous verrez aussi que beaucoup de situations peuvent se ressembler à certains égards, et votre oeil va très vite le capter, l’enregistrer, à force de vous y confronter.

La photographie de rue : comment ?

C’est un petit rituel que j’ai, mais lorsque je suis en reportage à l’étranger, j’essaie toujours au maximum (tout dépend du programme pré-établi ou non) de commencer par me balader, appareil photo à la main, pour m’imprégner de la ville/du quartier/du lieu etc. Il est important d’en prendre le pouls, d’en cerner l’ambiance, son identité et ce qui en fait un spot idéal pour de la photographie de rue. Il peut m’arriver d’errer ainsi un moment avant même de déclencher, ou à l’inverse d’être plongée dans le bain rapidement et d’enchaîner, si l’inspiration créative et photographique est là.

Je vous le disais en préambule de cet article, la photographie de rue est multiple dans son approche. Elle peut aussi bien être prise sur le vif, plus posée ou encore réfléchie et construite en amont. Je vais tâcher à travers des exemples précis de vous montrer la différence que je fais dans le cas de ces trois approches, pour que ce soit plus lisible et compréhensible.

La photographie de rue prise sur le vif, découle souvent d’un « déclic », une situation/composition/visage/détail/regard etc, qui aurait retenu mon attention et m’aurait fait déclencher dans l’instantané.

La photographie de rue plus posée, découle parfois d’un bref échange (regard ou gestuel) avec le sujet, voire même d’une véritable rencontre. Dans ce cadre-ci, la réalisation du portrait fait donc suite à une demande et totale transparence avec la personne en face, comme l’atteste les photos suivantes.

Petit aparté : lorsque je réalise ainsi un portrait, en ayant demandé l’autorisation au préalable, en AUCUN CAS, je n’accepte de réaliser une photographie contre de l’argent. Il peut arriver, suivant la destination mais c’est souvent trait aux pays pauvres, que la personne avant ou après coup vous demande/vous fasse comprendre qu’elle aimerait un petit billet en échange. Je dirais que les égyptiens (surtout dans les sites touristiques) sont les rois pour ca, mais toujours avec le sourire ! (et un simple non ou signe de la tête, et ils n’insistent pas). Si en revanche la personne insiste vraiment, alors je préfère ne pas faire la photo, voire la supprimer après coup, si la demande se fait ensuite. C’est une position totalement personnelle, mais je trouve que cela perd de sa sincérité/spontanéité. À l’inverse, après avoir réalisé la photo, je préfère mille fois la partager avec la personne en venant la lui montrer. Parfois même, lorsque je la réalise à l’instax, je fais d’office un doublon pour lui en laisser un en souvenir, et ca a toujours son petit effet ! :)

À gauche, la rencontre s’est faite grâce à… la poule ! J’ai d’abord aperçu celle-ci dans une petite ruelle thaï à Chiang Khan, puis fut médusée après coup en voyant l’homme l’appeler et observer la poule lui répondre au doigt et à l’oeil comme un chien ! C’était si drôle à voir ! Ca me semblait alors évident, je lui ai fait comprendre que j’aimerais faire une photo de lui et il en était à la fois surpris mais aussi si fier de poser avec sa poule :) (je crois bien que l’expression de son visage parle à elle seule et croyez-moi, c’est limite s’il n’a pas arrangé sa casquette juste avant que je ne déclenche! haha)

À droite, la rencontre s’est faite à travers un large sourire. Je la trouvais si belle, assise ainsi à côté de ses bijoux. Elle avait une certaine pudeur dans le regard mais un sourire si chaleureux. Idem, elle accepta que je la prenne en photo, non sans une pointe de timidité, à la fois intimidée et flattée.

La photographie de rue construite en amont, découle d’un processus de réflexion qui vise à mettre l’accent sur le contenant avant le contenu, pourrais-je dire. Si pour l’heure, je ne me suis encore jamais confrontée volontairement à cette approche, je la trouve ô combien fascinante. Pour vous expliquer et surtout, vous faire visualiser celle-ci, je ne peux que vous parler de l’excellent travail du photographe Arnaud Montagard avec qui j’ai pu échanger à ce sujet au travers de sa très belle série « Slice of Light ». Il s’agit là de street photo mais à travers le prisme d’un cheminement préalable. Pour construire cette série, il recherchait avant tout un cadre et une lumière, plutôt qu’une personne. Il pouvait passer des heures entières à un même spot, à mûrir le cadrage idéal, attendre la lumière parfaite, avant que le sujet n’entre dans l’équation et qu’il ne déclenche enfin. Je trouve que le résultat n’en est que plus puissant et intéressant ! La démarche diffère de l’idée que l’on peut se faire en premier lieu de la photographie de rue, prise sur le vif, mais sans pour autant perdre en spontanéité, en authenticité. Il n’y a pas de schéma type, de modèle qui vaille plus qu’un autre, et c’est je pense là, toute la beauté de la photographie de rue et de l’interprétation que chacun en fait dans sa pratique personnel.

La photographie de rue : quoi ?

Ici, le quoi renverrait plutôt à la question du matériel. À l’instar du « où », où je vous ai répondu « partout », je serais tentée ici de vous dire « avec tout » ! Une fois encore, tout va dépendre du contexte, mais également de votre recherche artistique aussi. On l’a bien compris, la photographie de rue peut être un exercice aussi intimidant pour vous que pour votre sujet, et encore plus si vous l’effectuez avec un appareil photo et objectif volumineux. Si vous vouliez le faire discretos, c’est rapé ! ;)

En règle générale, lorsque je fais de la street photo en pleine ville, j’ai tendance a préférer des focales fixes de type 35mm ou 50mm. À l’inverse, en road trip, je suis plus à l’aise avec un zoom de type 24-70mm ou 70-200mm même. Mais par exemple, dans le cadre des transports en commun, la proximité étant telle que je ne suis pas encore assez à l’aise pour shooter avec mon boitier numérique ou argentique et préfère dans ces cas là utiliser mon téléphone. On a la chance aujourd’hui d’avoir sur le marché, des smartphones avec d’excellents appareils photos. J’ai un iPhone 8+ et je dois avouer que bien souvent je suis bluffée par le rendu. L’avantage premier du téléphone, c’est que majoritairement, c’est l’appareil photo que vous avez toujours sur vous. Deuxièmement, sa taille passera plus inaperçu et pourra vous permettre de déclencher plus facilement si vous n’êtes pas à l’aise dans ces conditions-ci de photographier avec votre boitier photo. Pour vous donner une idée, cette petite série prise dans le métro new-yorkais est justement issue de mon iPhone.

Je l’évoquais plus haut, la recherche artistique peut également jouer dans la balance de votre choix de matériel. Tout va dépendre du but de votre sortie photo et de votre recherche créative dans la photographie de rue, suivant si vous voulez privilégier tel rendu plutôt qu’un autre, avoir telle ambiance, tel format etc. Est-ce que vous avez envie de faire du numérique ? de l’argentique ? de l’instantané avec un instax/polaroid ? Etc. Car peu importe l’approche que vous privilégiez, le choix du matériel pour la réaliser aura son importance et n’est donc pas à mon sens, à sous estimer, encore plus lorsque vous planchez sur un projet précis comme je vous l’évoquais plus haut avec la série « Slice of Light » d’Arnaud.

La photographie de rue : qui ?

Je pense sincèrement que la photographie de rue s’adresse à tout le monde. Si la technique s’apprend, la pratique quant à elle, est à la portée de tout un chacun, à force d’essais, de récurrence, d’envie et de persévérance. Tout est une question encore une fois, de confiance en soi.

La photographie de rue, Egypte

Après, la question du « qui » relative au sujet, est propre à chacun et il n’y a que vous qui puissiez avoir la réponse. Pour ma part, je n’ai pas de prédominance à préférer photographier un homme plutôt qu’une femme, mais je me questionne néanmoins davantage sur les enfants/mineurs, qui en théorie aux yeux de la loi nécessite une autorisation des parents/tuteurs. S’il m’est arrivé d’en photographier, j’ai toujours cette hésitation après coup, au moment de publier, même si sur l’instant il y avait le consentement implicite d’un des parents. Ces photos sont souvent faites dans l’immédiateté de l’instant. Comme avec le cas de cette petite fille dans les ruelles de Trinidad, que je trouve si touchante.

La photographie de rue, Cuba

Dans les faits, tout est une question avant tout de « feeling ». Il y a toujours un détail qui va attirer et retenir mon attention, que cela soit un trait de visage ou au contraire une attitude, voire même juste parfois une ambiance. C’est véritablement ça, qui va me faire déclencher. Comme sur la photo ci-après. C’était une après-midi de tension au coeur de Barbès, à Paris, lors d’une manifestation qui a nécessité de boucler tout le quartier. Je trouvais la scène si paradoxale, qu’il m’a fallu un quart de seconde pour sortir mon appareil et déclencher ! D’un côté dans l’ombre, cette barrière humaine de CRS faisant front commun et de l’autre, dans la lumière, ces deux dames attendant tranquillement leur bus et agitant leur éventail par cette chaude après-midi d’été. La tension d’un côté et la quiétude de l’autre. Le plus drôle, étant surement l’affiche de ciné à l’arrière de l’arrêt de bus et qui, ce jour là, ne pouvait pas mieux coller avec ce qui se déroulait, mais qui accentue encore plus le paradoxe avec la situation et l’attitude de ces deux femmes ! :)

La photographie de rue, Paris

La photographie de rue : pourquoi ?

Pourquoi, pourquoi la photographie de rue, pourquoi cet aspect photographique en particulier ? Il y aurait tant à vous en dire ! :) Je me suis lancée dans cette aventure lors de mon voyage en Egypte, en mai 2015. Ce dernier a été un véritable déclic, et il est indéniable que la chaleur humaine des égyptiens y a joué pour beaucoup, comme un véritable gage de sérénité et d’approbation. À l’instar de la Jordanie, les gens sont ô combien avenants, et nombreux sont ceux à ne pas se faire prier pour se faire tirer le portrait ! Je ne pouvais donc pas rêver meilleures conditions pour me lancer et prendre confiance. Au fil de mes voyages, j’ai nourri et ruminé cette envie presque viscérale, que de parvenir à capter ces âmes, ces regards, ces sourires qui en disent si long sur ces rencontres aux quatre coins du monde. Aller au-delà des paysages et capturer ce que je percevais comme l’essence du pays que je découvrais, photographiais.

La photographie de rue, Egypte

Croyez moi, la photographie de rue est l’une des meilleures écoles photographiques. (Et c’est l’ancienne timide introvertie qui vous le confie et l’affirme !). Une véritable école de la vie, pour les situations qu’elle peut induire, les rencontres qu’elle peut provoquer; mais aussi et avant tout, pour (ré)apprendre de soi et se (re)trouver. C’est en ce sens où je trouve la photographie de rue très formatrice, car elle implique en amont un travail sur soi, et c’est un point important à comprendre et retenir.

En effet, il est essentiel d’apprendre la mise à distance, pour ne pas se laisser submerger en cas d’imprévus, de refus. Vous essuyé un « non » pour photographier une situation/une personne ? Passez votre chemin et poursuivez. Il ne faut surtout pas que vous preniez ce refus à coeur, car ce n’est en rien contre vous. C’est le jeu de la photographie de rue, ca ne fonctionne pas à tous les coups et les refus peuvent être monnaie courante, il ne faut surtout pas vous formaliser. Je sais de quoi je parle, il m’est arrivé d’en essuyer, pourtant cela ne m’arrête pas :) Par exemple, lors de mon voyage en Israël, je n’ai pu réaliser aucun portrait. Si cela est quelque peu frustrant, je le comprends tout à fait et l’accepte. Parfois, le refus s’exprime de manière simple, par un simple « non » ou un « signe de tête ». Parfois, il peut être un peu plus « violent » dans les mots. Pas plus tard qu’à New-York, lors de ce dernier voyage, j’ai eu le droit à un « Fuck you! Go back to your country ». Ca ne fait pas plaisir à entendre, je vous l’accorde, mais il faut savoir passer au-dessus et poursuivre. Il ne faut surtout pas généraliser, en faire toute une montagne et baisser les bras.

La photographie de rue : oser !

La photographie de rue, en un mot, en un conseil : Oser. Je ne saurais trouver meilleur verbe d’action et leitmotiv. Comme pour tout, il faut oser, car croyez-le, vous n’avez rien à perdre et plutôt tout à y gagner : un bel instant saisi, voire même parfois, une jolie rencontre à la clef. Faîtes fi des « et si » redondants et osez. Lancez-vous ! Car au mieux, ce sera une évidence, une révélation, une vocation peut-être ou simplement un complément à votre pratique photographique; et au « pire », cela aura été une expérience dont vous retirerez forcément quelque chose, des enseignements, et dont vous n’aurez pas à regretter.

Si à mon sens, la photographie de rue s’exerce, elle se cultive aussi. N’hésitez pas à lire à ce sujet, à regarder des documentaires, à vous rendre à des expos, des conférences etc. C’est toujours très riche d’enseignements, de réflexions et d’échanges. D’ailleurs à ce propos, je vous recommande le replay de l’intervention d’Arnaud au Adobe Creative Meet Up à Paris en 2016, qui évoque notamment son approche de la photographie de rue et des portraits qu’il réalise. Ou encore le replay sur Arte du documentaire sur le photographe Robert Frank « L’Amérique dans le viseur », dont la première partie est vraiment intéressante sur sa pratique/vision/définition de la photographie de rue.

Et puis, à l’heure d’internet et des réseaux sociaux, nous avons la chance d’avoir l’inspiration à portée de doigts si je peux dire ! Instagram s’érige comme une véritable boite de pandore pour la photographie de rue. Car si on apprend par soi-même, on apprend également à travers le travail des autres, et cela peut également être très formateur. Je vous ai donc fait une petite sélection de mes comptes préférés ayant trait à ce sujet en particulier, ou le traitant de temps en temps. N’hésitez pas à aller y jeter un oeil :)

La photographie de rue, New-York

Je vous le disais en préambule, cet article n’est que le reflet et le partage de ma propre expérience en toute subjectivité, et ne saurait être exhaustif. Alors n’hésitez-pas à partager dans les commentaires votre propre ressenti/expérience de la photographie de rue. Je suis curieuse de vous lire à ce sujet, et je suis convaincue que cela pourra en aider bien d’autres :)

Et puis, mille MERCIS pour votre engouement sur Instagram lorsque je vous ai suggéré la rédaction de cet article. J’étais bien loin de m’imaginer que le sujet pourrait autant vous intéresser. La photographie de rue étant l’un des attraits que j’affectionne tout particulièrement dans ma pratique photographique, je suis plus qu’heureuse de pouvoir échanger avec vous sur ce sujet, ici sur le blog et plus longuement !

Si d’aventure vous en voulez encore, n’hésitez pas à aller jeter un oeil à ma série « Portraits de… », où vous y retrouverez tous ceux réalisés en Egypte, Jordanie et Thaïlande !

21 comments

  • Marie Boucaut

    mars 19, 2018

    Bonjour et merci pour ce chouette article. Ton blog est une belle découverte! Pourrais tu me dire avec quel appareil tu travailles ? Merci. Marie

  • Stéphanie - Il Etait Une Fois... Cocotte

    mars 11, 2018

    Je m’intéresse de plus en plus à la photographie de rue, je trouve les clichés plus vivants, on peut imaginer plein d’histoires. Ton article est très inspirant et passionnant, même si je suis très timide, je vais essayer…

    • Vagabondanse

      mars 20, 2018

      L’exercice n’est vraiment pas facile, surtout quand on est très timide, mais il n’est pas impossible crois moi ! Le tout est d’y aller à son rythme, sans se brusquer pour trouver peu à peu ses repaires, gagner en confiance et en assurance. Car tu as raison de le souligner, cela amène tout de suite bien plus de vie à ses photographies, derrière lesquelles on peut imaginer maintes histoires !

  • marionromain

    février 28, 2018

    J’ai trouvé ton article vraiment passionnant à lire, notamment parce que tu l’éclaires précisément de tout ce qui fait le sel de ton expérience à toi, à travers ces anecdotes derrière certains des clichés. La photographie de rue est quelque chose d’assez fascinant pour moi, et pourtant, la timide introvertie non repentie que je suis s’interdit beaucoup de choses dans ce domaine. Je n’ai jamais osé demander à quelqu’un rencontré au cours d’un voyage si je pouvais le prendre en photo. Et comme je n’ai pas non plus envie de voler l’intimité des gens, je me suis toujours limitée à photographier des silhouettes dans le feu de l’action, ou bien… de dos. Très « petit joueur », voire carrément lâche, cette option, mais c’est pourtant la seule que j’ai pratiquée jusqu’à ce jour !

    • Vagabondanse

      mars 5, 2018

      Merci beaucoup Marion pour ce joli commentaire et partage de ton ressenti :) Chacun est plus ou moins à l’aise, plus ou moins confortable avec la mise à nu que requiert la photographie de rue envers autrui; et je trouve qu’il n’y a rien de lâche ou de petite joueur dans ton approche. D’autant plus que je suis passée par là aussi !
      Il faut y aller pas à pas, et finalement photographier des silhouettes dans le feu de l’action, voire même de dos, c’est déjà un premier pas vers l’autre, un premier « contact » en quelque sorte. Je te souhaite de réussir à poursuivre et oser un peu plus :) C’est avec de petites victoires, mêmes infimes, que l’on prend confiance et que l’on gagne en sérénité, en « envie d’oser ».

  • Ornella

    février 28, 2018

    J’adore ta vision de la photo, et je suis fan de ton travail ! Beaucoup de tes photos sont bouleversantes à mes yeux alors merci de m’envoyer du rêve comme ça !

    • Vagabondanse

      février 28, 2018

      Oh, c’est adorable !! Merci Ornella :) L’écriture de cet article, m’a permis de me replonger dans certaines photos que j’avais complètement oublié et je suis ravie de voir que ca vous fait tout autant plaisir d’en (re)découvrir certaines et (re)voir d’autres !

  • Sunwhere

    février 26, 2018

    J’avais hâte de lire ton article. J’ai tellement regretté de ne pas avoir osé devant certaines scènes de vie, certains visages tellement plein d’histoires à Porto que je me dis qu’il faut que j’ai confiance et m’essaie vraiment à la photo de rue.
    En tout cas, tu es un très bon modèle (je vais aller voir les autres photographes que tu conseilles) et même s’il n’y a pas une vérité, ton article apporte beaucoup de réponses :)

    Merci,
    Julie

    • Vagabondanse

      février 28, 2018

      Merci beaucoup pour ton petit mot Julie :) Je comprends tes regrets, j’en ai eu tellement pendant longtemps au fil des voyages avant d’enfin me lancer et d’oser ! C’est aussi en ça ou j’espère, à travers le partage de ma propre expérience, réussir à en motiver le plus grand nombre à comprendre, que ces petits regrets sont bien trop dommages au retour d’un voyage, et que finalement il n’y a vraiment rien à perdre à s’essayer à la photographie de rue et tout à y gagner :)
      Je te souhaite sincèrement de pouvoir y parvenir !! Et n’hésites pas à revenir par ici pour partager ton expérience, le jour ou tu te lances ! :)

  • Lauriane

    février 24, 2018

    Très intéressant tout ça ! Merci de répondre aux questions que je me posais à ce sujet. Même s’il n’y a pas de réponse unique, j’ai de quoi forger mes propres standards :)

    • Vagabondanse

      février 25, 2018

      C’est exactement ça Lauriane :) Il n’y a aucune réponse qui vaille plus qu’une autre, mais plutôt plusieurs pistes de réflexions et d’applications possibles, pour que chacun puisse s’y retrouver :) Ravie que l’article te plaise et répondre à tes questions en tout cas :)

  • mzelle fraise

    février 23, 2018

    C’est vraiment mon sujet de photo favori la rue :) c’est aussi souvent les expos que je vais voir et les comptes insta que je suis ^^ Chouette article en tout cas ! Et si tu habitais encore Paris, on serait voisines au fait ;)

    • Vagabondanse

      février 25, 2018

      Merci Johanna ! Figures toi que je pense que nous avons même été voisines sans le savoir^^ J’étais à Chateau Rouge en 2012/2013 ! :)

  • Alix

    février 23, 2018

    J’avais déjà eu l’occasion de te féliciter pour tes photographies newyorkaises en instastories mais je reviens sur ton blog avec plaisir, et encore une fois je suis bluffée par la qualité de tes photos, la réflexion autour.
    L’article est super complet et super intéressant.
    Pour ma part, j’aime beaucoup mon 50 mm pour prendre des détails nature, ou des petites choses de la vie, mais quand je regarde mes albums, à part la famille et les copains, mes photos manquent de vivant, d’humain.
    C’était un parti pris sur instagram de ne pas afficher mon visage ni celui de mes proches, mais du coup, il n’y a pas d’humain, et d’attaches sur nombre de mes séries et c’est assez dommage du coup. Alors je garde tes conseils bien en tête et je vais tâcher de prendre le temps de m’entrainer, à l’occasion de quelques voyages programmés notamment en ville ces prochaines semaines pour apporter l’humain dans mes photos.
    Merci de tes conseils, des références, et de la bienveillance que tu portes sur toutes les personnes photographiées. Ton regard est précieux.
    Alix

    • Vagabondanse

      février 25, 2018

      Infiniment MERCI Alix d’avoir pris le temps de laisser un petit mot par ici, j’en suis vraiment très touchée et ca signifie beaucoup pour moi ! :) (et merci beaucoup pour tes commentaires aussi à chaque story new-yorkaise !!).
      J’ai pris beaucoup de temps pour vous faire cet article c’est vrai, mais je ne regrette pas un instant d’avoir tardé quand je lis vos retours et quel point cela peut/va vous aider à vous lancer <3.

      C'est drôle, le constat que tu fais, c'est exactement celui que j'ai fait il y a quelques années ! J'adorais mes photos, mais en fin de compte en les regardant de plus près, ca sonnait comme creux. Ca manquait de vie comme tu le soulignes, et bon Dieu, que dans de nombreux cas, ca fait toute la différence ! :)
      Alors ma foi, si tu as des voyages de programmés, je pense que ca pourrait être la belle excuse et opportunité pour te lancer enfin ?! Il faut y aller pas à pas, selon son propre rythme et avant tout son ressenti, il faut s'écouter. En tout cas, je te souhaite sincèrement d'oser et d'y parvenir :)

  • Marine

    février 23, 2018

    J’ai beaucoup aimé découvrir tes photos pleine d’authenticité et de spontanéité. Je n’ose jamais prendre d’inconnus en photo. J’espère qu’un jour j’aurai le cran de m’y mettre car c’est vraiment quelque chose qui m’attire !
    Bonne journée :-)

    • Vagabondanse

      février 25, 2018

      Merci Marine ! :)
      L’exercice n’est pas simple mais vaut tellement la peine d’être tenté ! Tu sais, j’ai mis de longues années avant de me lancer (avec le regret au final de me dire : mais pourquoi j’ai attendu autant de temps ?!! haha), donc rien n’est impossible ;) Je ne peux que te souhaiter d’y parvenir un jour à ton tour !

  • Marie Voyages

    février 23, 2018

    Ton article est vraiment passionnant et réponds à beaucoup de mes questions !! Notamment sur le fait d’oser ou non, de demander la permission ou non… Jusqu’à maintenant, je n’ai jamais osé aborder les gens pour leur demander, j’ai toujours soit pris la photo en essayant d’être discrète, soit passé mon chemin en me disant tant pis… Mais je me rends compte que cela pourrait faire l’objet d’un véritable échange avec les personnes ! J’imagine même une série à l’image de la série « Humans of New York » de Brandon Stanton où chaque portrait est accompagné d’une petite anecdote, une histoire de la personne photographiée… En tout cas, ton article me donne incroyablement envie de sortie, le nez au vent, et me laisser guider par les gens, merci beaucoup !

    • Vagabondanse

      février 25, 2018

      Merci beaucoup Marie !! Je te rejoins complètement ! En toute honnêteté, avant de me lancer, je n’osais pas imaginer pouvoir faire d’aussi belles rencontres. Je ne pensais pas du tout à cette « conséquence » (qui en réalité, est plus un cadeau je trouve) qu’implique de demander l’autorisation pour prendre une photo. Cela fait souvent tomber de nombreuses barrières et amène un climat bien moins suspicieux. Et en effet, ca conduit parfois bien au-delà du simple « portrait », et déclencher un bel échange. La série HONY en est le plus bel exemple (et dont je suis complètement fan justement pour la complémentarité de la photo avec l’anecdote :) )
      Maintenant, comme je le sais bien, et tu le redis avec justesse, oser n’est pas simple. Il ne faut surtout pas trop tergiverser sur le moment et se lancer plutôt ! En tout cas, je suis ravie de lire en retour que l’article t’a donné envie de sortir :)

  • eiffair

    février 23, 2018

    Ouah ! Quel article ! Il y a bien longtemps que je n’avais pas lu un article aussi intéressant et complet sur le sujet.
    Je rejoins complètement la conclusion, la photographie de rue c’est d’abord « Oser ». C’est le seul moyen pour améliorer la qualité de ses images. A chaque fois que j’ai dépassé mes craintes, j’ai été récompensé, mai encore faut-il réussir à passer ses propres barrières. J’essaie encore ;)

    • Vagabondanse

      février 25, 2018

      Merci beaucoup Frédéric ! Je suis sincèrement très touchée par ton commentaire et compliment :) J’avais vraiment à coeur de faire un article le plus complet possible, tant à travers le partage de ma propre expérience, que sur le partage d’inspiration diverses et variés pour pousser la réflexion plus loin et aider le plus grand nombre (car je sais, au vue des nombreuses réactions sur Instagram qu’il y en a un paquet qui n’ose pas ou se questionne beaucoup). Alors je suis on ne peut plus ravie si le défi est relevé !

      On est bien d’accord, oser peut paraître simple sur le papier, mais en réalité, il peut en être tout autre ! Le tout est d’y aller à son rythme, parfois de se bousculer quand même un peu, car au final, il y aune belle récompense à la clef ! Je ne peux que te souhaiter à poursuivre sur ce chemin et réussir à passer ces quelques barrières qu’il te reste !

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